Humeur du moment

     Déjà 5 ans d'enseignement, c'est donc ma sixième rentrée. Comme le temps passe vite. Mes petits élèves de 5ème avec lesquels j'ai essuyé les platres sont bien loin maintenant. Mais si l'on y réfléchit bien, pas tant que ça en fait : ils sont maintenant (pour la plupart j'espère) en Terminale. Et cette année est justement la première année où j'ai des terminales... Bah oui, j'ai déjà eu des premières, des BTS, des secondes mais jamais de terminales ! C'est donc en quelque sorte un retour aux sources cette année. Verra-t-on à nouveau des élèves jouer aux animaux avec leur gomme, manger les petits mots qu'ils envoient aux filles ? Je n'espère pas, cela ne serait pas très bon signe pour les Terminales... (mis à jour le 09/09/2009)
Vendredi 3 avril 2009
     Il y a parfois des journées qui sont très longues, tellement longues qu'on a presque oublié quand elles ont commencé. Celle de ce vendredi 03 avril a été particulièrement pénible. Il faut dire qu'elle a bien commencé : le métro m'est parti sous le nez et le tram a fait de même quelques minutes plus tard. Arrivé au lycée, je vois une collègue faire le café. Super me dis-je ! Je pensais que je n'aurais pas besoin de m'y coller pour une fois ! J'ai alors vaqué à mes occupations en attendant que le café passe. Mais par excès de flemme ma chère collègue avait décidé de ne faire passer que de l'eau chaude dans la cafetière pour diluer le café de la veille qui dormait au fond du bocal. Rien de tel qu'un pur jus de chaussettes pour vous mettre de mauvaise humeur. Il a donc fallu que je refasse le café. La prochaine fois qu'elle quémande une lichette de café je crois que ma maladresse va renverser le contenu de la cafetière dans l'évier. J'étais donc assez mal viré et il n'était pas encore 09h00.

    
J'avais hâte d'être en vacances avant même de commencer ma première heure de cours. Les élèves aussi visiblement : au bout de 10 minutes de cours j'avais déjà viré deux élèves qui se montraient un peu prétentieux et désagréables de surcroît. L'un niait avoir parlé à un camarade et l'autre le défendait. Quinze minutes plus tard, alors que je dictais une partie du cours, une élève au premier rang s'est mis à tapoter sur son téléphone portable, cachée derrière une pochette placé verticalement. Croyant être à l'abri des regards indiscrets, elle continuais à s'amuser avec son téléphone. Je me suis alors dirigé devant le bureau tout en continuant mon discours, j'ai tendu la main pour récupérer l'objet du délit. C'est alors qu'elle a plongé la main dans sa poche droite pour en sortir un autre téléphone qu'elle m'a alors remis. Je lui ai signifié que je voulais surtout celui qu'elle était en train de manipuler sur ses genoux. Après un rude négociation j'ai pu récupérer le deuxième téléphone qui s'est avéré être celui de la voisine. C'était donc une première pour moi : confisquer deux portables d'un coup. Et il n'était pas encore 10h00.

    L'heure suivante, après la récréation de 10h00, était la deuxième heure de cours d'affilée avec la même classe. L'une des deux propriétaires de portable confisqué trouvait insupportable que j'utilise des numéros de paragraphes de la forme 2.1.2 au lieu de II.1.b ! Elle trouvait ça moche deux chiffres qui se suivent. Je lui ai alors répondu qu'elle devait avoir du mal à compter au delà de 10 sans grincer des dent. C'est alors qu'elle s'est mise à compter (dans sa tête) sans s'arrêter en me demandant de l'arrêter quand je le souhaiterais. Je ne lui ai jamais demandé d'arrêter, souhaitant ardemment qu'elle s'endorme avant la fin de l'heure. De temps en temps elle me signifiait l'état d'avancement de son épopée numéraire : "J'en suis à 2600 m'sieur". Quelques minutes plus tard, j'ai entendu un autre élève chantonner : "Je m'appelle Jordy, j'ai quatre ans et je suis petit", ce à quoi j'ai répondu assez spontanément : "Je n'en doutais pas une seconde !" Et là il n'était pas encore 11h00.

     L'heure d'après, un élève à qui je réclamais un mot d'absence depuis 5 jours pour un devoir qu'il avait séché, s'est levé pendant le cours alors que j'écrivais au tableau. Il s'est approché silencieusement du tableau et quand je me suis retourné il était nez à nez avec moi, ça m'a un peu fait flipper sur le coup. Il m'apportait justement son carnet de correpondance pour me montrer son mot d'absence ; dans la rubrique "motif" il était inscrit "pas réveillé". Ils pourraient au moins faire semblant d'être malade et ainsi s'éviter un zéro quand ils sont absents, mais les élèves sont parfois naïvement honnêtes et inscrivent sur leurs mots d'absence des motifs aussi incongrus que "panne de réveil", "mal au ventre", "fatigue suite à un tournoi de foot la veille", "toilettes" (pour 30 min de retard) ou encore "chercher à manger".
Par LeFlo - Publié dans : LeFlo et son métier de prof
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Mardi 16 décembre 2008
    Cette année les élèves ont décidé que les vacances de Noël dureraient trois semaines. Comme beaucoup d'établissements scolaires en France mon lycée connaît en effet un blocus et de ce fait les salles de classe sont désertées depuis lundi matin. Le blocus vise à protester contre la réforme de Darcos. Cependant notre ministre a retardé sa réforme : oui, quelqu'un a du lui apprendre la règle de trois et il s'est sans doute rendu compte qu'il lui faudrait plus de temps pour mettre en application son plan machiavélique. Sacré Dragon... Euh, Darcos ! Bref, la réforme est suspendue, et pourtant les élèves continuent à protester devant le lycée, boycottent les cours et bloquent l'entrée du lycée. Vous l'aurez donc compris, la conscience politique de nos élèves s'est réveillée, et le ministre ne leur fait pas peur.

     Oui, la conscience politique de nos bambins ne demande qu'à s'exprimer. Un bonne partie des élèves ont en effet compris les enjeux de cette réforme... Enfin, une bonne partie de ceux qui connaissent le nom de notre ministre j'entends. Ce qui ne représente finalement pas beaucoup d'élèves. Les autres y trouvent tout de même leur compte. C'est super, le blocus ça leur permet de sécher les cours, de jouer à chat autour de la boîte postale située sur la place devant le lycée, tout cela sous les yeux du prof de maths qui vous regarde au chaud, par la fenêtre de sa salle déserte. Non franchement c'est cool le blocus, les DS sont annulés, on se promène dans les couloirs déserts, c'est calme. Juste avant les congés de Noël on en a bien besoin !

     Pour le prof, par contre c'est un peu plus technique. La première chose à faire en arrivant le matin, c'est justement d'arriver au lycée. Il faut en effet se faufiler entre les oeufs qui sont lancés contre la façade du lycée. Pour ça pas de soucis, j'ai trouvé la parade, je passe par les garages pour rentrer. Ensuite on se demande combien on va avoir d'élèves, ce matin j'en ai eu 6 puis 5 et enfin 0. Quand ils ne viennent pas c'est pas compliqué, on attend sagement en salle des profs. Mais quand ils viennent à 5 ou 6 c'est le casse-tête pour les occuper 55 minutes. Après il faut remplir le billet d'absence et il ne faut surtout pas mettre les présents sur le billet sinon ils sont perdus en Vie Scolaire (c'est la faute à Molière il parait), donc il faut arriver à caser 27 noms dans une case de 12 cm par 2,5 cm. Avis aux amateurs. Une fois qu'on a remis le billet d'absence, on se dirige au self, et là on y croise une bonne dizaine des élèves qui viennent de sécher votre cours... Certains se cachent sous la table faisant mine de chercher un objet tombé à terre, alors on a envie de leur demander : "c'est le prof de maths que vous cherchez sous la table ?"

     C'est donc le joyeux bordel dans mon lycée. Mais c'est sûrement presque partout ailleurs la même chose. il faut dire que le ministre l'a bien cherché, à force d'inonder la presse de ses phrases assassines à l'égard des enseignants et des lycéens dont il a le secret, forcément ça explose ! Et voilà le résultat.
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Dimanche 7 décembre 2008
    Une fois de plus certains de mes élèves m'ont appris de drôles de choses. Cette fois-ci cela concerne les oeufs de poules. Dans un élevage on a mesuré la masse de 1 000 oeufs pour en évaluer la taille moyenne et la régularité. Ainsi, dans cet élevage :

     -"la masse moyenne est de 5 700 g pour un oeuf". Oui ce sont bien des oeufs de poules ! Je vous laisse imaginer le poids de la boîte de 12  et la gueule de la porte de votre frigo quand vous y rangerez les oeufs en question.

     -"il y a 9 000 oeufs". Je rappelle qu'on en a pesé 1 000... Mais comme les oeufs sont seulement de grosses cellules, c'est sûrement une manifestation grandeur nature du processus de mitose (la division cellulaire pour les néophytes).

     -"l'écart-type est de 9 000 g". Pour les non-matheux cela signifie que la taille des oeufs est très irrégulière et en gros qu'il sera fréquent de rencontrer des oeufs de quelques grammes à plus de 10 kg.
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Mercredi 12 novembre 2008
    Mes élèves de 1ère ES sont censés côtoyer les données économiques et sociales au quotidien, mais cela n'a pas l'air de favoriser pour autant le développement de leur bon sens. Voici un petit aperçu de ce que j'ai appris grâce à eux, ou plutôt à cause d'eux, depuis septembre :

     "La France compte 215 millions d'internautes" (Vive les multicomptes).

     "La France compte 11 000 habitants de plus de 11 ans" (Ah oui donc Darcos a raison, y a trop de profs).

     "Un ouvrier touche le maximum de son salaire lorsqu'il travaille 0h00 et touche alors 135 euros" (Vous voyez qu'il y a des métiers où il y a plus de vacances que chez les profs).
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Lundi 27 octobre 2008
     Parfois il est nécessaire qu'un prof fasse preuve de répartie à l'égard des élèves. C'est une manière douce et discrète, pour parler simplement, de les casser afin de calmer leur exubérance parfois parasitante. Cela peut revêtir la forme du cynisme ou de l'humour, cela fait toujours grincer des dents, mais il n'empêche que c'est une pratique courante. Voici donc quelques exemples réels de mise en pratique de cassages en règle. Certains sont de moi, d'autres pas, mais ils sont tous réels.

     Exemple 1 : Une élève pique un fou-rire dans la salle de cours, cela se produit pour la troisième fois déjà dans la semaine, impossible de la calmer, le cours est perturbé. Heureux hasard, une autre mouette rieuse passe dans le couloir à ce moment-là en poussant des cris presque inhumains. C'est alors que le prof se tourne vers son élève et lui dit:
     "Tiens, va faire un tour dans le couloir, je suis sûr que toi et ta soeur vous avez des choses à vous dire !"

     Exemple 2 : Le prof expose son cours face à une classe  composée uniquement de filles et totalement inanimée. Ses élèves le regardent mais ne semblent pas comprendre un mot de ce qu'il raconte. Il se dit alos intérieurement : "Mais quelles belles dindes nous avons là !" Il ne peut s'empêcher de leur dévoiler le fond de sa pensée, mais le fait de manière plus subtile :
     "Quand je vous vois toutes là, je me demande comment vous avez fait pour échaper à Thanksgiving ! Mais d'un autre côté je me dis aussi que Noël approche et là, vous n'en réchaperez pas mesdemoiselles ! Croyez-moi !

     Exemple 3 : Deux garçons discutent pendant l'exposé du prof. L'enseignant se retourne alors vers eux pour leur demander d'arrêter. A ce moment ils les voit en train de sourir en se touchant du bout des doigts :
     "Vous deux au lieu de vous carresser et de vous susurer l'un à l'autre des mots doux, vous feriez mieux d'écouter le cours".
     Un autre élève assis à côté des deux premiers se croit alors autorisé à faire un commentaire :
     "Oui m'sieur et je suis témoin". Le prof répond alors :
     "Non, ce n'est pas possible jeune homme, ce n'est pas encore autorisé par la loi ! Il faudra encore attendre pour marier tes camarades !"

     Exemple 4 : Un élève regarde sous le bureau (c'est une maladie assez fréquente chez les ados qu'on pourrait appeler la mobilophonite aigue) ! Son voisin regarde également. Le prof arrête alors son cours, demande à l'élève ce qu'il fait sous le bureau. Pas de réponse, le portable a déjà disparu (ils sont vifs). Alors le prof lance :
    "Y a rien sous le bureau ? Dans ce cas je suis rassuré alors,  parce que je m'inquiètais un peu quand j'ai vu ton voisin regarder en direction de ta braguette."


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