Il y a parfois des journées qui sont très longues, tellement longues qu'on a presque
oublié quand elles ont commencé. Celle de ce vendredi 03 avril a été particulièrement pénible. Il faut dire qu'elle a bien commencé : le métro m'est parti sous le nez et le tram a fait de même
quelques minutes plus tard. Arrivé au lycée, je vois une collègue faire le café. Super me dis-je ! Je pensais que je n'aurais pas besoin de m'y coller pour une fois ! J'ai alors vaqué à mes
occupations en attendant que le café passe. Mais par excès de flemme ma chère collègue avait décidé de ne faire passer que de l'eau chaude dans la cafetière pour diluer le café de la veille qui
dormait au fond du bocal. Rien de tel qu'un pur jus de chaussettes pour vous mettre de mauvaise humeur. Il a donc fallu que je refasse le café. La prochaine fois qu'elle quémande une lichette de
café je crois que ma maladresse va renverser le contenu de la cafetière dans l'évier. J'étais donc assez mal viré et il n'était pas encore 09h00.
J'avais hâte d'être en vacances avant même de commencer ma première
heure de cours. Les élèves aussi visiblement : au bout de 10 minutes de cours j'avais déjà viré deux élèves qui se montraient un peu prétentieux et désagréables de surcroît. L'un niait avoir
parlé à un camarade et l'autre le défendait. Quinze minutes plus tard, alors que je dictais une partie du cours, une élève au premier rang s'est mis à tapoter sur son téléphone portable, cachée
derrière une pochette placé verticalement. Croyant être à l'abri des regards indiscrets, elle continuais à s'amuser avec son téléphone. Je me suis alors dirigé devant le bureau tout en continuant
mon discours, j'ai tendu la main pour récupérer l'objet du délit. C'est alors qu'elle a plongé la main dans sa poche droite pour en sortir un autre téléphone qu'elle m'a alors remis. Je lui ai
signifié que je voulais surtout celui qu'elle était en train de manipuler sur ses genoux. Après un rude négociation j'ai pu récupérer le deuxième téléphone qui s'est avéré être celui de la
voisine. C'était donc une première pour moi : confisquer deux portables d'un coup. Et il n'était pas encore 10h00.
L'heure suivante, après la récréation de 10h00, était la deuxième heure de cours d'affilée avec la même classe. L'une des deux propriétaires de portable confisqué trouvait
insupportable que j'utilise des numéros de paragraphes de la forme 2.1.2 au lieu de II.1.b ! Elle trouvait ça moche deux chiffres qui se suivent. Je lui ai alors répondu qu'elle devait avoir du
mal à compter au delà de 10 sans grincer des dent. C'est alors qu'elle s'est mise à compter (dans sa tête) sans s'arrêter en me demandant de l'arrêter quand je le souhaiterais. Je ne lui ai
jamais demandé d'arrêter, souhaitant ardemment qu'elle s'endorme avant la fin de l'heure. De temps en temps elle me signifiait l'état d'avancement de son épopée numéraire : "J'en suis à 2600
m'sieur". Quelques minutes plus tard, j'ai entendu un autre élève chantonner : "Je m'appelle Jordy, j'ai quatre ans et je suis petit", ce à quoi j'ai répondu assez spontanément : "Je n'en doutais
pas une seconde !" Et là il n'était pas encore 11h00.
L'heure d'après, un élève à qui je réclamais un mot d'absence depuis 5 jours pour un devoir qu'il avait séché, s'est levé pendant le cours alors que j'écrivais au
tableau. Il s'est approché silencieusement du tableau et quand je me suis retourné il était nez à nez avec moi, ça m'a un peu fait flipper sur le coup. Il m'apportait justement son carnet de
correpondance pour me montrer son mot d'absence ; dans la rubrique "motif" il était inscrit "pas réveillé". Ils pourraient au moins faire semblant d'être malade et ainsi s'éviter un zéro quand
ils sont absents, mais les élèves sont parfois naïvement honnêtes et inscrivent sur leurs mots d'absence des motifs aussi incongrus que "panne de réveil", "mal au ventre", "fatigue suite à un
tournoi de foot la veille", "toilettes" (pour 30 min de retard) ou encore "chercher à manger".
Une fois de plus certains de mes élèves m'ont appris de drôles de choses. Cette fois-ci cela
concerne les oeufs de poules. Dans un élevage on a mesuré la masse de 1 000 oeufs pour en évaluer la taille moyenne et la régularité. Ainsi, dans cet élevage :
-"la masse moyenne est de 5 700 g pour un oeuf". Oui ce sont bien des oeufs de poules ! Je vous laisse imaginer le poids de la boîte
de 12 et la gueule de la porte de votre frigo quand vous y rangerez les oeufs en question.
-"il y a 9 000 oeufs". Je rappelle qu'on en a pesé 1 000... Mais comme les oeufs sont seulement de grosses cellules, c'est sûrement
une manifestation grandeur nature du processus de mitose (la division cellulaire pour les néophytes).
-"l'écart-type est de 9 000 g". Pour les non-matheux cela signifie que la taille des oeufs est très irrégulière et en gros qu'il sera
fréquent de rencontrer des oeufs de quelques grammes à plus de 10 kg.
Par LeFlo
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Mercredi 12 novembre 2008
Mes élèves de 1ère ES sont censés côtoyer les données économiques et sociales au quotidien,
mais cela n'a pas l'air de favoriser pour autant le développement de leur bon sens. Voici un petit aperçu de ce que j'ai appris grâce à eux, ou plutôt à cause d'eux, depuis septembre :
"La France compte 215 millions d'internautes" (Vive les multicomptes).
"La France compte 11 000 habitants de plus de 11 ans" (Ah oui donc Darcos a raison, y a trop de profs).
"Un ouvrier touche le maximum de son salaire lorsqu'il travaille 0h00 et touche alors 135 euros" (Vous voyez qu'il y a des métiers où
il y a plus de vacances que chez les profs).
Par LeFlo
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Parfois il est nécessaire qu'un prof fasse preuve de répartie à l'égard des élèves.
C'est une manière douce et discrète, pour parler simplement, de les casser afin de calmer leur exubérance parfois parasitante. Cela peut revêtir la forme du cynisme ou de l'humour, cela fait
toujours grincer des dents, mais il n'empêche que c'est une pratique courante. Voici donc quelques exemples réels de mise en pratique de cassages en règle. Certains sont de moi, d'autres pas,
mais ils sont tous réels.
Exemple 1 : Une élève pique un fou-rire dans la salle de cours, cela se produit
pour la troisième fois déjà dans la semaine, impossible de la calmer, le cours est perturbé. Heureux hasard, une autre mouette rieuse passe dans le couloir à ce moment-là en poussant des cris
presque inhumains. C'est alors que le prof se tourne vers son élève et lui dit:
"Tiens, va faire un tour dans le couloir, je suis sûr que toi et ta soeur vous
avez des choses à vous dire !"
Exemple 2 : Le prof expose son cours face à une classe composée uniquement
de filles et totalement inanimée. Ses élèves le regardent mais ne semblent pas comprendre un mot de ce qu'il raconte. Il se dit alos intérieurement : "Mais quelles belles dindes nous avons là
!" Il ne peut s'empêcher de leur dévoiler le fond de sa pensée, mais le fait de manière plus subtile :
"Quand je vous vois toutes là, je me demande comment vous avez fait pour échaper à
Thanksgiving ! Mais d'un autre côté je me dis aussi que Noël approche et là, vous n'en réchaperez pas mesdemoiselles ! Croyez-moi !
Exemple 3 : Deux garçons discutent pendant l'exposé du prof. L'enseignant se
retourne alors vers eux pour leur demander d'arrêter. A ce moment ils les voit en train de sourir en se touchant du bout des doigts :
"Vous deux au lieu de vous carresser et de vous susurer l'un à l'autre des
mots doux, vous feriez mieux d'écouter le cours".
Un autre élève assis à côté des deux premiers se croit alors autorisé à faire un commentaire :
"Oui m'sieur et je suis témoin". Le prof répond alors :
"Non, ce n'est pas possible jeune homme, ce n'est pas encore autorisé par la loi !
Il faudra encore attendre pour marier tes camarades !"
Exemple 4 : Un élève regarde sous le bureau (c'est une maladie assez fréquente
chez les ados qu'on pourrait appeler la mobilophonite aigue) ! Son voisin regarde également. Le prof arrête alors son cours, demande à l'élève ce qu'il fait sous le bureau. Pas de réponse, le
portable a déjà disparu (ils sont vifs). Alors le prof lance :
"Y a rien sous le bureau ? Dans ce cas je suis rassuré alors, parce que je m'inquiètais un peu quand j'ai vu ton voisin regarder en
direction de ta braguette."
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