Cette année j'ai trois classes sous ma responsabilité, une classe de Seconde, une
première S et une première ES, ce qui représente en tout 85 ados victimes de mes élucubrations géométriques et algébriques. Cela se passe plutôt bien avec quelques couacs ponctuels cependant. Mais les monstres de seconde de l'an passé et les bimbos de STG sont désormais
très loin. Je suis récemment retourné dans mon ancien lycée avec d'autres collègues ayant également obtenu un nouveau poste pour fêter notre départ et passer le bonjour aux anciens collègues. J'y
ai appris que mes anciens élèves de BTS me reprochaient gentiment mais ouvertement de les avoir abandonnés ; ce n'est pas tout à fait exact mais ce n'est pas si loin que cela de la vérité.
Quoiqu'il en soit, me voilà face à un nouveau public.
Commençons par les première ES. Ce sont les moins nombreux mais proportionnellement à la
quantité ce sont eux qui font le plus parler d'eux. L'ambiance de classe n'a pas été des plus formidables dans tous les cours jusqu'à présent : le travail n'était pas fait, ils se mettaient
d'accord pour arriver tous en retard (sauf deux filles ultra-sérieuses toujours ponctuelles), et les bavardages parasitaient les cours. Depuis, grâce à une action cohérente de l'équipe
pédagogique la situation s'est améliorée. J'ai toujours l'impression de faire cours à une forêt : un léger bruit de feuilles quand on souffle sur les branches mais aucune réaction quand on leur
pose une question. Mais l'ambiance est plus studieuse. Cela ne les empêche pas de faire quelques bourdes, j'ai par exemple appris grâce à eux qu'il y avait moins de 120 habitants de plus 75 ans
en Région Rhône-Alpes, du moins c'est qui m'a été rapporté dans une copie. C'est sans doute la canicule ! En tout cas ce sera pratique pour les retraites ! Plus aucun problème de financement.
J'ai appris par une collègue qu'un des élèves avait essayé, en classe de seconde, de trouver la mer sur une carte de Lyon ! C'est sûrement la faute à ces inscriptions qu'on trouve sur les berges
du Rhône et qui indique les directions de la source du Rhône et de la mer.
Pour les première S, c'est un peu moins drôle ! Le réveil a été difficile pour eux :
le niveau de seconde est devenu tellement bas que le clash de la première S est presque aussi dur que le passage en classe prépa. Quand j'ai rendu le premier devoir surveillé j'ai presque
culpabilisé de mettre d'aussi mauvaises notes. Mais face à des raisonnements totalement anarchiques, des calculs bourrés d'erreur et des pages pleines de ratures, que pouvais-je faire ? J'ai
simplement cherché à être honnête avec eux, après tout c'est aussi les respecter que de leur faire comprendre qu'il reste encore du chemin à faire pour atteindre un niveau correct. Je me méfie de
certains cependant : je soupçonne l'un d'entre eux de falsifier ses copies une fois corrigées (il a désormais droit à un scan systématique de toutes ses copies avant que je la
rende).
Quant aux élèves de seconde, ils sont assez attachants. Ils ont certes un niveau qui ne me
paraît pas extraordinaire mais ils ont le mérite d'être sympathiques. Quand on a discuté de la situation de la classe avec l'équipe pédagogique, la prof principale a pointé, sur le trombinoscope
de la classe, une élève ressemblant à Reese Witherspoon dans La revanche d'une blonde, et nous a confié en souriant : "finalement quand je vois cette élève j'ai envie de dire qu'elle est
un portrait de la classe entière à elle toute seule". Le pire c'est qu'elle n'a pas tort. Et ils sont tellement mignons tous, qu'on croirait presque les mensonges qu'ils nous racontent :
"M'sieur, vous allez rire, mardi j'avais oublié mon DM parce que j'étais chez ma soeur, et aujourd'hui je peux pas vous le rendre parce que ma mère l'a pris pour un brouillon et l'a jeté à la
poubelle". Si c'est le cas il devait vraiment pas être beau son devoir !
Vendredi 12 septembre 2008
Après une dizaine de jours dans mon nouvel établissement je trouve enfin le temps de poster un petit message pour dire que j'ai survécu à ma mutation. Tout s'est bien passé, je commence à prendre mes marques petit à petit. Pourtant le
début n'a pas été des plus ordinaires. L'accueil fut spécial : emploi du temps et programmes de la pré-rentrée envoyés par courrier et reçus le samedi 30 août alors que la pré-rentrée avait lieu
le premier septembre. En plus d'être une surprise, l'emploi du temps en était une mauvaise car aucun de mes souhaits formulés dans ma fiche de voeux n'avait été respecté. Mais les surprises ne
s'arrêtent pas là, cela fait drôle d'être nommé dans un établissement où le proviseur adjoint est lui-même nommé le matin même à peine une heure avant la réunion de pré-rentrée. J'ai
particulièrement aimé le discours de pré-rentrée de la direction qui commentait la diversité socio-culturelle du lycée : "Nous ne sommes certes pas le Lycée du P..." (fameux lycée du centre de
Lyon réputé pour ses prépas et sa clientèle aisée) "... Mais nous ne sommes pas non plus le Lycée JB" (celui-là il est bien moins réputé pour ses classes aisées et il se trouve que c'est mon
ancien établissement). J'ai apprécié cet accueil un peu particulier en ayant une pensée pour mes anciens collègues de JB.
Après la découverte des collègues et des locaux, passons à la découverte des élèves. Je m'attendais à souffrir un peu avec les secondes mais il s'avèrent finalement
plutôt scolaires et assez disciplinés. J'ai eu peur avec les 1ère ES qui me sont apparus les 3 ou 4 premiers cours comme des larves, mais depuis cela va beaucoup mieux. Par contre la mauvaise
surprise ce sont les 1ère S : le niveau est plutôt mauvais, quelques petits rigolos se sont déjà manifestés et ils ne font pas leur travail... Peut-être que je devrais leur rappeler le chiffre
clé pour eux : 7 (le coefficient minimum pour les maths au bac) !
Voilà déjà 3 années que je suis installé dans mon
lycée actuel, 3 années qui ont été bien chargées. La dernière m'a particulièrement pesé sur le moral et il a été difficile d'arriver au bout. Miné par les déceptions du métier j'ai un peu
délaissé ma vie sociale histoire de ne pas avoir l'air d'étaler mes tracas quotidiens aux yeux de tous. J'ai fait l'autruche car je me sentais un peu submergé par toutes ces déconvenues. Je
m'étais cependant fait à l'idée que je resterais encore un an de plus au moins dans cet établissement qui m'a à la fois tant pris et tant donné. Je me voyais déjà en train
de dépenser une énergie folle dans des tonnes de projets envisagés au sein de mon établissement. J'étais donc
plus ou moins prêt à affronter des classes avec 50% de redoublants.
Puis mercredi soir, il s'est produit un truc que je n'imaginais pas possible . Cela
faisait des mois que je comptais sur le bout des doigts les points qui me manquait pour espérer avoir une mutation. Je l'avais tout de même demandée pour ne pas regretter ensuite. Je
croyais qu'il me manquait 6 points au minimum. C'est alors que j'ai reçu un mail du syndicat m'annonçant : "vous avez obtenu une mutation correspondant à votre voeux n°4" ! J'ai mis du temps à
réaliser, je continuais de compter mes points, je lisais et relisais le mail encore et encore. Avant de sauter de joie j'ai tout de même attendu qu'une information plus officielle me soit
communiquée. Elle est arrivée 24h plus tard. Je prends donc la clé des champs, je change d'horizon à la rentrée prochaine, pour recommencer un bout de chemin ailleurs.
C'est vendredi que j'ai réalisé complètement la chance que j'avais, en surveillant
l'épreuve anticipée de français du BAC STG : la surveillance n'a pas été de tout repos. Certains candidats s'échangeaient du matériel, une autre a utilisé son propre brouillon. Il a fallu relire
le brouillon pour vérifier qu'il ne s'agissait pas d'un document personnel. Réaction à voix haute de la candidate : "Pfff ! N'importe quoi j'te jure" Il a donc fallu faire un petit sermon en
pleine salle d'examen. Une autre candidate a utilisé du brouillon de deux couleurs différentes en nous maintenant mordicus que les feuilles étaient toutes sur sa table au début de l'épreuve. Il a
donc fallu lire les fameux brouillons pour voir qu'il ne s'agissait pas de deux écritures différentes (là je suis assez expert parce que mes élèves étaient doués à ce genre de jeux dans l'année
et je les démasquais toujours). Enfin, pour conclure l'épreuve, une candidate d'une autre salle qui avait terminée avant, rentre dans notre salle, téléphone mp3 avec les écouteurs à la main pour
attendre sa copine qui était encore en train de composer. Bref, un festival de n'importe quoi comme j'ai souvent eu l'occasion d'en voir cette année. C'est à ce moment là que je me suis senti
vraiment content d'avoir cette mutation.
Comme à chaque fin d'année scolaire certaines familles font appel de la décision du conseil de classe de 2nde
du troisième trimestre au cours duquel il a été décidé un redoublement ou une réorientation. Pour certains c'est un peu la dernière chance pour effacer leur manque de travail pendant l'année !
Certains croient réellement qu'un appel accepté effacera toutes les lacunes accumulées pendant l'année. Ces commissions sont empruntes d'une certaine hypocrisie et très souvent c'est l'étalage de
mauvaise foi et de bon sentiments de la part des familles ! Mais elles font appel, c'est leur droit.
Leur dossier passe donc devant la commission d'appel constituée de membres du corps enseignant, de parents d'élèves, de conseillers d'orientation et de personnels de direction.
Le prof principal (moi en l'occurrence) est présent pour présenter les dossiers. Dans la commission d'appel qui étudie les cas de mon lycée cette année, il y a une charmante proviseure dont la
réflexion ne doit pas égaler le QI d'un poux shooté à l'éther. Je viens juste de signaler les faiblesses de l'élève en maths et en français quand elle m'interpelle, pour me faire part de ce qui
lui semble être la découverte de la journée qui va changer la face du monde : "Oui mais monsieur, ce que je constate moi, c'est que cet élève n'a que 2 points en dessous de la moyenne de classe
en mathématiques !" Oui en effet la moyenne de classe est 5,5/20 ! Un petit rire nerveux se fait alors entendre, tout de suite foudroyé par le regard de braise de l'auteur de la phrase en
direction du fauteur de trouble. Là je me liquéfie sur place et je sais déjà que l'élève qui fait appel obtiendra gain de cause, étant donnée toute l'énergie que cette dame a dépensée pour
justifier l'injustifiable et me faire passer pour le méchant de service.
Cette histoire pourrait sembler anodine mais elle a de nombreuses conséquences dont cette Miss Tatcher du dimanche ne semble pas mesurer l'importance. Tout d'abord pour l'élève
: il va passer en première, avec ses lacunes en maths et en français, sera insuffisamment préparé pour l'épreuve anticipée de français et accumulera du retard dans les nouvelles matières
enseignées en première STG parce qu'il ne maîtrise pas les bases du français pour comprendre et analyser un document correctement. Il va probablement (sauf miracle) échouer une première fois au
BAC, et peut-être même une deuxième fois. Scénario pessimiste mais très réaliste malheureusement. Ensuite pour l'équipe éducative : l'action des enseignants est complètement décrédibilisée et les
profs passent pour 100% responsables de l'échec d'un élève, la décision du conseil de classe n'a plus aucune valeur, l'appel venant casser cette décision prise par des hurluberlus qui ne mettent
pas de bonnes notes à des cancres !
Cette année la correction des examens du BTS dans lequel j'enseigne a été
mouvementée, le rectorat ayant en effet oublié d'envoyer une caisse très importante au centre de correction du BTS : une caisse contenant les barèmes de correction et les consignes de correction.
C'est super pour l'harmonisation des barèmes quand on corrige un examen national. Mais cela ne m'a pas empêché de trouvé deux ou trois perles dans les copies que je corrigeais. Voici donc trois
petites perles trouvées au fil des pages de ce cru 2008.
Dans un exercice de probabilité il était question d'étudier une variable aléatoire qui donnait le nombre d'arbres ayant un défaut dans un lot de 450 troncs. Il fallait
justifier (par une formule mathématique) que l'espérance mathématique de cette variable aléatoire était 27. Voilà ce qu'un candidat a indiqué sur sa copie :
"Sur 450 arbres s'il y en a 27 qui ont un défaut c'est tout a fait tolérable, c'est ni trop ni pas assez. On prendra donc cette valeur, elle va
très bien".
Ça c'est du commercial, pas de l'informatique !!!
Dans le même exercice, un autre candidat décrit une expérience aléatoire comme ceci :
"C'est un répétition d'événements sans issue !"
Il est vrai que pour beaucoup de candidats les mathématiques constitue une épreuve sans issue.
Dans un autre exercice il est question d'étudier l'évolution du prix de la stère de bois. La question finale consistait à calculer le prix moyen d'une stère de bois. Réponse
d'un candidat :
"La stère de bois coûte en moyenne 0,33 euros"
Bah voilà la solution à la crise du pétrole !!! On va tous se chauffer au bois l'hiver prochain ! Fini le fuel !
Par LeFlo
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Publié dans : Perles d'élèves
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