Vendredi dernier, dans le cadre d'une réunion administrative visant à nous présenter le rôle des assistants pédagogiques (emplois précaires créés en catimini par nos ministres actuels pendant l'été 2005), j'ai rencontré pour la premières fois les inspecteurs d'autres matières que les mathématiques.
Le personnage qui a le plus marqué l'assemblée ce jour-là est sans doute l'inspecteur de lettres : un homme d'une élégance extrême, à l'image de son mépris pour les profs que laissait transparaître le verbiage intellectuellement recherché qu'il employait avec tant d'aisance. Ce monsieur pourrait sans problème figurer dans le guiness book des records tant il a été rapide à se faire détester. Dix petites secondes ont suffi : à l'absence des professeurs de français lors de la réunion plénière il a déclaré que c'était "emblématique" ! Ce qu'il faut savoir, c'est que le matin même ce monsieur avait été particulièrement odieux avec les professeurs et l'assistant pédagogique. Les professeurs de français avaient donc décidé de boycotter la réunion de l'après-midi pour protester contre le comportement de l'inspecteur... Situation qu'il a donc maladroitement essayé de reprendre à son avantage.
Mais ce monsieur a également impressioné par sa culture rayonnante. Même lorsqu'il parle du brouillon des élèves il ne peut empêcher ses talents de poètes de s'exprimer : "Il faut proscrire les brouillons qui se brouillent ou, selon la formule de Rabelais, les torche-culs chez nos élèves". il a volontairement occulté le caractère pédagogique de l'erreur chez l'élève en soulignant que mettre l'élève face à son erreur donnait de lui une "image négative et inhibitrice des progrès". Ce serait comme "demander à une coquette de se regarder dans un miroir après que sa teinture a été râtée". Tout au long de son discours, il nous a par ailleurs martelé qu'il avait en horreur la langue de bois tout en la maîtrisant avec excellence... Quel personne délicieuse !
Sur certains points de vue il faut reconnaître que cet inspecteur a parfaitement raison, mais sur la formulation il faut qu'il revoie son argumentation. Ainsi, grâce à cet homme nous savons désormais que le "consumérisme scolaire" est une chose dangereuse. Cette expression a fait cogiter la plupart de mes voisins de réunions ainsi que moi-même, jusqu'à ce qu'il explique que par consumérisme il désignait en fait le bachotage. "Le lycée doit être le vecteur du bonheur personnel d'un élève et le danger du bachotage en est que la voie du bonheur en est bouchée". Cet inspecteur se prononce pour le soutien scolaire le mercredi après-midi car dans le cadre d'une cité de banlieue "l'environnement du lycée est un environnement déontologiquement meilleur que son environnement habituel" ! Et après on nous dira que les banlieues ne sont pas stigmatisées !